Le café est le premier produit du commerce équitable: le premier chronologiquement et le numéro un au palmarès des ventes.
La commercialisation équitable du café date de 1973, quand Fair Trade Organisatie (Pays-Bas) a lancé un café acheté directement à des coopératives d’agriculteurs établies au Guatemala. Le "café solidaire" a été mis en vente dans les Boutiques Tiers Monde de notre pays dès leur apparition dans les années 80. Offrant la possibilité aux petits cultivateurs d'échapper à la spirale de l'agriculture dite de survie et de se construire un avenir meilleur, le commerce équitable a pris rapidement de l'ampleur: en 2006, plus de 95 tonnes de café ont été vendues au Luxembourg contre 2 tonnes en 1989. La gamme s'est considérablement élargie au fil des années: aujourd'hui, tous les amateurs trouveront café à leur goût.
Toute organisation de caféiculteurs qui souhaite être agréée par FLO (Fairtrade Labelling Organisations) peut introduire une demande. Elle doit regrouper des petits producteurs au sein d’une coopérative fonctionnant démocratiquement et et de façon participative. La qualité du café doit répondre aux exigences du marché international. Des critères minima de santé, de sécurité et d'environnement doivent être respectés, et le travail des enfants ainsi que le travail forcé sont interdits.
Le commerce équitable garantit des prix stables et rémunérateurs dans la durée. Le prix Fairtrade de l’arabica est, par exemple, de 126 centimes de dollar par livre (453 grammes) de café vert. Si le prix du marché mondial est supérieur à 126 centimes, le prix à payer au producteur est celui du marché plus 5 centimes. Le critère de préfinancement est une autre spécificité du commerce équitable: 50 % de la marchandise est payée lors de la commande et le reste à la livraison. Cela évite au producteur de faire des emprunts à des taux d'emprunt élevés en attendant d'être payé. Le producteur reçoit également une prime sociale au développement de 15 % du prix payé. Le commerce équitable réduit le nombre d’intermédiaires dans le Sud. L’ensemble des flux de marchandises, du producteur au produit commercialisé, est contrôlé par FLO.
Si le marché libre rend parfois possible une rémunération élevée pour les cultivateurs de café, il ne le fait pas systématiquement car la logique du système n’intègre pas le souci d’assurer de bonnes conditions de vie aux producteurs. Un souci sur lequel, en revanche, est bâti le modèle du commerce équitable. Plus que jamais, celui-ci constitue un levier de réforme du commerce conventionnel, une source d’inspiration concrète qui nous montre tous les jours qu’un autre commerce est possible.
La culture du café. Où, quand, comment ?
Le café est né en Ethiopie où les forêts abondent en caféiers arabica sauvages et où sa consommation a débuté au cours de la période médiévale. Pendant longtemps, le café a été récolté par cueillette sur les arbustes sauvages, et il a été utilisé de plus en plus à partir du XIVème siècle au sein des populations islamisées du sud-est éthiopien. Ce n'est que dans la première moitié du XVIIe siécle que le café apparaît en Europe.
Il existe essentiellement deux variétés de caféiers: l'arabica et le robusta.
L'arabica est une plante qui pousse sur les hauts plateaux d'Amérique latine, d'Océanie et de certains pays d’Afrique de l’Est. Il est sensible et difficile à cultiver, la cueillette des cerises bien rouges, brillantes et fermes doit se faire à la main et en plusieurs passages. La culture de l'arabica est donc est une activité fondamentalement artisanale. Précisons que les cafés de qualité sont des mélanges 100 % arabica.
Le robusta, comme son nom l'indique, est beaucoup moins sensible. Il tolère un plus grand éventail de conditions climatiques et environnementales. Il pousse en plaine et peut être récolté mécaniquement. Sa teneur en caféine est forte: environ 3 % (contre 1,5 % pour l'arabica). Le robusta est plutôt amer et sa saveur est parfois associée au moisi.
Cueillette à la Coopérative Shilcho d'Ethiopie
Vu sa meilleure productivité et vu qu'il se prête très bien à être commercialisé sous forme de café lyophilisé, la culture du robusta a été encouragée ces dernières décennies. Le Vietnam, par exemple, est un pays qui n'était jamais connu pour ses exportations de café, mais qui, suite aux injonctions de la Banque mondiale, a développé des plantations énormes.
A l’échelle mondiale, le café fait vivre environ 125 millions de personnes. Après le «picking», cueillette des cerises, celles-ci sont triées. Ensuite leur première enveloppe est retirée à l’aide d’une machine appelée dépulpeuse. Les grains sont ensuite trempés dans des bacs de fermentation puis lavés à grand courant d’eau. Les dernières traces de pulpe disparaissent. Les grains sont ensuite séchés au soleil selon diverses méthodes propres à chaque pays. Une fine enveloppe – la parche – est alors ôtée. Les caféiculteurs procèdent à une énième opération de tri avant d’ensacher le café. Ainsi appelle-t-on le «café lavé».
Quelle que soit la méthode de récolte, 100 kilos de cerises mûres produisent de 12 à 20 kilos de café vert, prêt à l'exportation.
La production
Plus de 70 pays produisent du café. La production annuelle (110 millions de sacs de 60 kg, soit 6-7 millions de tonnes) et la valeur à l’exportation (US$ 5000-6000 millions) représentent le double de celles du cacao et du thé. Trois pays, le Brésil, la Colombie et le Vietnam, cultivent presque 60% de la production mondiale.
Avec une production d’1,9 million de tonnes (soit environ 30 millions de sacs de 60 kg) de café arabica, le Brésil est le premier pays producteur exportateur de café. Derrière lui, le Vietnam a pris la seconde place en devenant le principal producteur de robusta. Dans le trio de tête, se trouve enfin la Colombie, suivie de l’Indonésie et du Mexique
Consommation
L’Europe est le premier consommateur de café suivi des Etats-Unis et du Japon. Chaque année, plus de 33 millions
de sacs de café sont importés dans les pays de l’Union européenne, généralement sous forme de café vert. En effet, le café est rarement transformé et emballé dans le pays d’origine, par des entreprises locales ce qui est regrettable car la transformation du café pourrait être pour ces pays producteurs un élément de développement pour réaliser des plus-values et ne plus être condamné au simple rôle de fournisseur de matière première à bon prix.
Une vingtaine d'entreprises contrôlent à elles seules plus de 75% du commerce mondial de café. Seule l'une d'entre elles est issue d'un pays producteur, il s’agit d’Esteve (Brésil). Les plus grandes sociétés de négoce sont Neuman Kaffee (Allemagne), Volcafé (Suisse) et Cargill (USA). Ensemble, elles se partagent le tiers du marché. Parallèlement, dans l'industrie de la torréfaction du café, la concentration est également très forte: cinq entreprises détiennent plus des deux tiers du marché du café torréfié. En tête, on trouve Nestlé, le numéro un du café soluble (ou instantané), Philip Morris et Sara Lee, Procter&Gamble et Kraft.
Un marché caractérisé par des prix instables:
Depuis 1989, le marché mondial du café est caractérisé par des prix instables. Jusqu’à cette date, pour maintenir la stabilité des prix, les pays producteurs étaient soumis à un système de quotas élaborés par l’Organisation internationale du café. Le retrait des USA de l’Accord international du café a provoqué la libéralisation du secteur et a ouvert la loi de l’offre et de la demande. De plus, en 1994, l’arrivée du Vietnam sur le marché a entraîné une surproduction mondiale du café. Les cours, en termes réels, sont tombés à leur plus bas niveau depuis plus de cent ans. A cause de cette surabondance de l’offre, d’une stagnation de la demande et donc d’une augmentation des stocks, le prix du café est passé de 134 cents la livre en 1997 à 50 cents la livre en 2003, ce qui est inférieur aux coûts de production marginaux. De nombreux producteurs ont encore en mémoire la crise caféière de ces dernières années, dont les conséquences sont encore bien présentes. L’impact de la crise des prix du café sur la pauvreté, qui s’est fait sentir pendant près de 5 ans de 2000 à 2004 ne s’est atténué que modestement. Selon Alberto, producteur de café au Honduras, la chute du revenu monétaire des exploitants agricoles s’est traduit, dans de nombreux pays, par une réduction des ressources pour les dépenses de base comme la santé, la nourriture, l’éducation. De plus, la crise a été l’origine d’abandons d’exploitations, de mouvements de populations vers les zones urbaines et de migrations illégales.